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Raphaël, 32 ans, tué pour rien
La douleur et la révolte animent les proches
de ce père de famille, écrasé en
plein Paris, après une vague dispute avec
des automobilistes. Son meurtrier présumé,
conducteur d'une Clio, est en fuite. Trois suspects
ont été remis en liberté,
hier.
Père d'un petit garçon depuis
seulement quelques jours, Raphaël, informaticien
sans histoire âgé de 32 ans, a été sauvagement écrasé lundi
par un chauffard sur le pont Charles-de-Gaulle à Paris.
(DR.)
HIER MATIN, dans un hôpital parisien, un
psychologue a expliqué à une fillette
de 2 ans et demi que son « papa était
parti au ciel ». Le père de cette
enfant se prénommait Raphaël, il
aurait eu 33 ans le 15 juillet. Ingénieur
réseaux à Aéroports de Paris
(ADP), ce passionné de rugby est mort,
délibérément écrasé par
le conducteur d'une Renault Clio gris métal,
lundi, en plein Paris, dans des circonstances
encore incertaines. « Il était tout
pour sa petite fille », soupire Benoît,
frère aîné de la victime.
Le meurtrier présumé, identifié comme
un homme de 23 ans, originaire du Val-de-Marne,
ainsi que les deux ou trois passagers du véhicule,
sont activement recherchés par la police.
Sa mère, propriétaire de la Clio
et placée en garde à vue, a été mise
hors de cause. Les enquêteurs et le parquet
ont également décidé de
relâcher les autres personnes interpellées
- trois frères amis présumés
du fuyard - pour « insuffisance de charges ».
« Cela peut arriver à tout le monde,
tous les jours »
« Un des amis qui accompagnaient Raphaël a formellement reconnu un
des trois jeunes. Mais il paraît qu'il faut deux témoins »,
réagit Benoît, scandalisé. Debout depuis 48 heures, cet architecte
est devenu le porte-parole d'une famille effondrée et révoltée. « Mon
frère est mort gratuitement. Pour ceux qui ont fait ça, la vie
n'a aucune valeur. Ils doivent être punis de façon exemplaire. Je
ne veux pas que cette affaire soit oubliée. Cela peut arriver à tout
le monde, tous les jours. »
Enfants d'un couple divorcé, Benoît,
Raphaël et leur jeune frère ont grandi
en région parisienne auprès d'une
mère soucieuse de leur éducation.
Malgré une scolarité un peu chaotique à cause
de la séparation de ses parents, Raphaël
a décroché son bac et a fait des études. « Après
plusieurs jobs, il est entré à ADP
dans l'encadrement, un bon poste », dit
Benoît.
Physiquement, les trois frères ne peuvent
pas se renier. « On fait tous 1,95 m pour
environ 100 kg. Raphaël était le
plus sportif », dit Benoît. Maître
nageur diplômé, l'ingénieur
a découvert le ballon ovale, il y a quelques
années. Il évoluait au RC Noisy-le-Sec. « Il
adorait la camaraderie et la solidarité qui
anime ces athlètes. Raphaël était
un peu le leader d'une équipe de gars
soudés. »
Le rugbyman avait d'autres passions : l'informatique,
la pêche et le bricolage. Mais au-delà de
tout, il chérissait sa famille. Christelle,
sa compagne, kinésithérapeute,
rencontrée il y a dix ans, sa fillette
et leur petit garçon, né le 4 juin. « Cette
naissance nous avait tous permis de tourner la
page d'événements plus tragiques »,
confie Benoît qui, avec ses frères,
a perdu, tour à tour, son père,
en avril 2002, puis sa mère, emportée
par la maladie fin 2002.
Dimanche soir, Raphaël avait justement
fêté, avec des amis du rugby, la
naissance de son fils. Au retour, il a pris place à bord
d'une Clio bleue avec quatre copains. Un incident,
qui aurait dû rester une simple embrouille,
s'est transformé en drame. « Une
Clio gris métal leur a fait des appels
de phares au niveau d'Austerlitz, rapporte Benoît.
La voiture les a frôlés. L'ami de
Raphaël, qui conduisait, a ralenti mais
la Clio les a serrés. »
« Sur le pont, il a cherché à apaiser
les esprits en parlant au conducteur de la Clio »
Selon les proches de la victime, les joueurs
de rugby ont été insultés
alors que les deux Renault roulaient au pas avant
de s'arrêter côte à côte
sur le pont Charles-de-Gaulle. Raphaël est
descendu, suivi de deux copains. « Raphaël,
c'est une masse athlétique, mais il n'est
pas du genre à chercher les ennuis. C'est
un bon père de famille, pas bagarreur.
D'ailleurs, son physique le met à l'abri
des embrouilles. Sur le pont, il a cherché à apaiser
les esprits en parlant au conducteur de la Clio,
lui disant Calmez-vous, stop. »
Benoît sent monter en lui la colère
quand il raconte la suite des événements
: « Le conducteur de la Clio a fait une
marche arrière, heurtant mon frère
et l'isolant de ses amis. Ensuite, il est reparti
en marche avant, renversant Raphaël et manoeuvrant
en chicane pour lui rouler dessus. » Grièvement
touché au thorax et à la tête,
le père de famille sombre dans un coma
fatal. « Mon frère a été volontairement écrasé »,
insiste l'architecte, qui, avec les amis du rugby,
se relaie auprès de Christelle. « Sa
vie s'effondre. Comment expliquera-t-elle plus
tard à son fils que son papa est mort
quand il avait quatre jours ? »
Geoffroy Tomasovitch et Matthieu Suc
Le Parisien , jeudi 12 juin 2003
A noter : sujets sur Raphaël sur France2
et France3, RTL et Europe 1
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