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12/06/2003 Le Parisien

 
  DRAME.  
 


Raphaël, 32 ans, tué pour rien


La douleur et la révolte animent les proches de ce père de famille, écrasé en plein Paris, après une vague dispute avec des automobilistes. Son meurtrier présumé, conducteur d'une Clio, est en fuite. Trois suspects ont été remis en liberté, hier.

Père d'un petit garçon depuis seulement quelques jours, Raphaël, informaticien sans histoire âgé de 32 ans, a été sauvagement écrasé lundi par un chauffard sur le pont Charles-de-Gaulle à Paris. (DR.)


HIER MATIN, dans un hôpital parisien, un psychologue a expliqué à une fillette de 2 ans et demi que son « papa était parti au ciel ». Le père de cette enfant se prénommait Raphaël, il aurait eu 33 ans le 15 juillet. Ingénieur réseaux à Aéroports de Paris (ADP), ce passionné de rugby est mort, délibérément écrasé par le conducteur d'une Renault Clio gris métal, lundi, en plein Paris, dans des circonstances encore incertaines. « Il était tout pour sa petite fille », soupire Benoît, frère aîné de la victime. Le meurtrier présumé, identifié comme un homme de 23 ans, originaire du Val-de-Marne, ainsi que les deux ou trois passagers du véhicule, sont activement recherchés par la police. Sa mère, propriétaire de la Clio et placée en garde à vue, a été mise hors de cause. Les enquêteurs et le parquet ont également décidé de relâcher les autres personnes interpellées - trois frères amis présumés du fuyard - pour « insuffisance de charges ».

« Cela peut arriver à tout le monde, tous les jours »
« Un des amis qui accompagnaient Raphaël a formellement reconnu un des trois jeunes. Mais il paraît qu'il faut deux témoins », réagit Benoît, scandalisé. Debout depuis 48 heures, cet architecte est devenu le porte-parole d'une famille effondrée et révoltée. « Mon frère est mort gratuitement. Pour ceux qui ont fait ça, la vie n'a aucune valeur. Ils doivent être punis de façon exemplaire. Je ne veux pas que cette affaire soit oubliée. Cela peut arriver à tout le monde, tous les jours. »

Enfants d'un couple divorcé, Benoît, Raphaël et leur jeune frère ont grandi en région parisienne auprès d'une mère soucieuse de leur éducation. Malgré une scolarité un peu chaotique à cause de la séparation de ses parents, Raphaël a décroché son bac et a fait des études. « Après plusieurs jobs, il est entré à ADP dans l'encadrement, un bon poste », dit Benoît.

Physiquement, les trois frères ne peuvent pas se renier. « On fait tous 1,95 m pour environ 100 kg. Raphaël était le plus sportif », dit Benoît. Maître nageur diplômé, l'ingénieur a découvert le ballon ovale, il y a quelques années. Il évoluait au RC Noisy-le-Sec. « Il adorait la camaraderie et la solidarité qui anime ces athlètes. Raphaël était un peu le leader d'une équipe de gars soudés. »

Le rugbyman avait d'autres passions : l'informatique, la pêche et le bricolage. Mais au-delà de tout, il chérissait sa famille. Christelle, sa compagne, kinésithérapeute, rencontrée il y a dix ans, sa fillette et leur petit garçon, né le 4 juin. « Cette naissance nous avait tous permis de tourner la page d'événements plus tragiques », confie Benoît qui, avec ses frères, a perdu, tour à tour, son père, en avril 2002, puis sa mère, emportée par la maladie fin 2002.

Dimanche soir, Raphaël avait justement fêté, avec des amis du rugby, la naissance de son fils. Au retour, il a pris place à bord d'une Clio bleue avec quatre copains. Un incident, qui aurait dû rester une simple embrouille, s'est transformé en drame. « Une Clio gris métal leur a fait des appels de phares au niveau d'Austerlitz, rapporte Benoît. La voiture les a frôlés. L'ami de Raphaël, qui conduisait, a ralenti mais la Clio les a serrés. »

« Sur le pont, il a cherché à apaiser les esprits en parlant au conducteur de la Clio »
Selon les proches de la victime, les joueurs de rugby ont été insultés alors que les deux Renault roulaient au pas avant de s'arrêter côte à côte sur le pont Charles-de-Gaulle. Raphaël est descendu, suivi de deux copains. « Raphaël, c'est une masse athlétique, mais il n'est pas du genre à chercher les ennuis. C'est un bon père de famille, pas bagarreur. D'ailleurs, son physique le met à l'abri des embrouilles. Sur le pont, il a cherché à apaiser les esprits en parlant au conducteur de la Clio, lui disant Calmez-vous, stop. »

Benoît sent monter en lui la colère quand il raconte la suite des événements : « Le conducteur de la Clio a fait une marche arrière, heurtant mon frère et l'isolant de ses amis. Ensuite, il est reparti en marche avant, renversant Raphaël et manoeuvrant en chicane pour lui rouler dessus. » Grièvement touché au thorax et à la tête, le père de famille sombre dans un coma fatal. « Mon frère a été volontairement écrasé », insiste l'architecte, qui, avec les amis du rugby, se relaie auprès de Christelle. « Sa vie s'effondre. Comment expliquera-t-elle plus tard à son fils que son papa est mort quand il avait quatre jours ? »


Geoffroy Tomasovitch et Matthieu Suc

Le Parisien , jeudi 12 juin 2003

A noter : sujets sur Raphaël sur France2 et France3, RTL et Europe 1

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